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Lundi 27 mars 2006
Le Contrat Première Embauche a été créé pour lutter contre le chômage.

Mais il convient de distinguer les deux types de chômage, ainsi que le fait Bénassy : le chômage classique et le chômage keynesien.
Chômage classique et chômage keynesien résultent tous les deux d'un excès d'offre sur le marché du travail, c'est à dire d'une surabondance d'offreurs de travail (les chômeurs) par rapport aux demandeurs de travail (les entreprises).
Si celà est une évidence, le chômage classique et le chômage keynésien se distinguent en ce que le chômage classique résulte d'un excès de demande sur le marché des biens alors que le chômage keynesien résulte d'un excès d'offre.

Détaillons un peu les implications de chacun de ces deux chômages :
  • le chômage classique est un chômage qui est créé en situation de forte demande aux entreprises, demande à laquelle elles ne peuvent répondre. Dans un marché de concurrence pure et parfaite, ce chômage ne serait que temporaire : s'il y a une forte demande, alors les entreprises embauchent pour y répondre, et elles peuvent embaucher car cette forte demande garantit des profits plus importants, qui pourront servir à rémunérer l'emploi créé.
    Si le chômage persiste, c'est qu'il y a trop d'entraves sur le marché du travail : salaire minimum qui fausse le marché, rigidités juridiques autour du contrat de travail, etc.
    C'est ainsi vers une flexibilisation accrue du marché du travail, en le dérégulant, que doit s'opérer l'action de l'Etat.  
  • le chômage keynésien est créé dans une situation d'excès d'offre. Les entreprises n'arrivent pas à écouler leur production parce que la demande qui leur est adressée est trop faible, donc elles n'embauchent pas (voire elles licencient, puisqu'elles n'ont plus besoin de produire autant).
    Si le chômage keynésien persiste, c'est à cause de l'insuffisance de la demande.
    C'est donc cette demande qu'il faut soutenir, par différentes mesures favorisant la consommation, comme l'intervention de l'Etat en tant que consommateur (via une politique de grands travaux par exemple), comme la baisse du taux d'intérêt qui favorise l'emprunt, et donc la consommation, etc...

Toute la question est de savoir si aujourd'hui, en France, on se trouve dans une situation de chômage classique ou de chômage keynésien.

Une situation de chômage classique serait une situation où les entreprises abondent de débouchés mais où elles sont prises à la gorge par les régulations du marché (salaire minimum, impôts aux sociétés, rigidités des legislations) et ne peuvent ainsi pas embaucher.
Or, en 2005, les entreprises du Cac 40 ont réalisé des profits records de plus de 80 milliards d'euros, eux mêmes supérieurs de 27% aux profits réalisés par ces entreprises en 2004. Le taux de marge moyen des entreprises, c'est à dire le rapport entre les profits purs et la valeur ajoutée, en 2005 devrait dépasser les 35%, là encore, un record. Enfin, il faut noter que les entreprises sont à une utilisation de 85% en moyenne de leurs capacités de production, ce qui montre là encore qu'elles ont une marge de progression pour répondre à une éventuelle demande, si demande il y avait.

Car en effet, du côté de la demande, on est là aussi loin de la situation de chômage classique, qui suppose une forte demande à laquelle les entreprises ne peuvent pas répondre.
La consommation des ménages en 2004 n'est que de 2%, alors que l'endettement de ces ménages, est passé de 54.3% du revenu disponible en 2002 à 60.3% en 2004. On peut en conclure que la consommation est donc très faible dans un tel contexte d'endettement généralisé. Ajouté à celà la parité dollar/euro défavorable au commerce extérieur français, et on comprend bien qu'aujourd'hui, c'est bien la demande qu'il faut stimuler.
Aussi s'il apparaît que nous sommes dans une situation de chomâge keynésien, le CPE, qui a pour but avoué la flexibilisation du marché du travail, est une mesure qui répond à un chômage plutôt de type classique


A court terme, le CPE va pouvoir créer des emplois, par un effet d'aubaine, mais ce nombre ne dépassera pas  les 70 000 créations d'emplois nettes.
En revanche, à long terme, outre le recul impressionant d'un point de vue du droit du salarié, le CPE en facilitant le licenciement, risque d'accentuer les fluctuations cycliques de l'économie : tant que la conjoncture sera bonne, pas de problème. Mais au moindre coup de mou de l'économie, il faudra s'attendre à des licenciements massifs, qui risquent de faire entrer la France dans un cercle vicieux : moins d'emploi = moins de consommation = moins d'emploi, etc...


En définitive donc, le CPE apparaît être une mesure économiquement inadapté à la situation économique française, et qui risque même d'aggraver certains dysfonctionnements. Et à ce volet purement économique viennent s'ajouter des aspects juridiques, politiques et humains contre lesquels il également légitime de se révolter.
Par Comité de mobilisation contre le CPE - Sciences-Po - Publié dans : Sur le fond...
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